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Tirer parti de l’avantage du Canada en matière de commerce international

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Date: 

avril 17, 2024

Par : Rudolph Damas

Le commerce international peut parfois s’apparenter à un jeu de Monopoly. Comme dans le jeu de société, vous pouvez établir une stratégie pour sortir vainqueur, mais là où il y a des opportunités, il y a aussi des surprises. Pour le commerce comme pour le Monopoly, ce qui différencie souvent les gagnants des perdants, ce sont ceux qui sont les plus habiles à maximiser les opportunités et à minimiser les effets des défis inattendus.

Du point de vue du commerce international, les défis récents et actuels continuent de peser sur les relations diplomatiques. Parmi les exemples, citons la nécessité croissante d’atténuer les changements climatiques et de réduire les émissions, les conflits de travail nationaux, la lenteur de la ratification de l’AECG (voir les dernières informations de Global sur les relations entre le Canada et la France) et les droits de douane imposés par les États-Unis sur des exportations canadiennes clés telles que l’acier et l’aluminium. Bien que le gouvernement fédéral ait progressé sur certaines de ces priorités politiques en cours par le biais d’activités notables (par exemple, le programme des corridors de navigation verts, la stratégie indo-pacifique ainsi que la stratégie des minéraux critiques), il reste d’importantes possibilités d’atténuer les risques.

Ainsi, cet article ne vous apprendra pas à gagner au Monopoly – malheureusement – mais il vous fournira une vue d’ensemble des voies potentielles vers un profil commercial plus avantageux pour le Canada. Dans le court laps de temps qui nous sépare de la prochaine guerre quadriennale d’Ottawa pour le(s) gouvernement(s), il reste une fenêtre d’opportunité pour exploiter stratégiquement le commerce de manière créative, ce qui pourrait avoir un impact durable sur plusieurs fronts.

Perspectives en matière de transports et d'infrastructures

Notre équipe partage son point de vue sur l’avantage du Canada en matière de commerce international

Abstract

L’importance de maintenir des liens solides avec les États-Unis

Le Canada peut et doit s’engager sur la voie de la diversification commerciale à long terme tout en maintenant une relation réciproque fiable avec son voisin géographique permanent, les États-Unis. Peu importe qui se trouve à la Maison Blanche ou au 24 Sussex/Rideau Hall, il est essentiel pour la prospérité à long terme des économies interdépendantes du Canada et des États-Unis que nous maintenions des relations commerciales cohérentes et fiables.

Alors que le cycle électoral américain donne lieu à une nouvelle course très disputée pour le POTUS, beaucoup s’inquiètent à juste titre des ramifications pour le Canada. Pour situer le contexte, le 8 mars 2018, le président Trump a annoncé des droits de douane au titre de l’article 232 sur l’acier et l’aluminium importés, à la suite d’un examen du département du Commerce qui a conclu que les importations de ces deux métaux posaient un risque pour la sécurité nationale. L’article 232 relève de la loi américaine sur l’expansion du commerce de 1962 et permet au secrétaire américain au commerce de déterminer si certaines importations menacent la sécurité nationale des États-Unis. S’il s’avère que des marchandises constituent une menace, l’article 232 permet d’imposer des droits de douane ou d’autres taxes, ce qui a pour effet d’ajuster les flux commerciaux pour les marchandises visées.

Bien qu’aucun droit de douane au titre de l’article 232 n’ait été imposé sur l’acier et l’aluminium canadiens depuis 2020, ces droits sont toujours en jeu pour d’autres alliés tels que l’Union européenne, qui n’a pas encore conclu d’accord commercial à long terme plus stable. En outre, lors d’une réunion bilatérale avec le Mexique le 16 février 2024, les représentants des États-Unis ont souligné au pays partenaire de l’USMCA que les droits de douane au titre de l’article 232 sur l’acier et l’aluminium permettent de réimposer des droits de douane. Le gouvernement fédéral est sur la bonne voie avec une approche renouvelée d' »Équipe Canada » pour défendre les exportations canadiennes, mais les responsables doivent trouver des moyens de rappeler aux États-Unis que le succès des intérêts économiques des deux pays repose sur des échanges commerciaux mutuellement bénéfiques.

Diversifier le profil commercial du Canada

Le maintien de liens étroits avec les États-Unis n’est pas la seule initiative commerciale du gouvernement fédéral à l’heure actuelle : le Canada peut également tirer parti de ses atouts sur la scène internationale. En tant que pays riche en ressources, avec une population croissante et un potentiel économique important, nous sommes bien équipés pour explorer des partenariats commerciaux avec des pays qui partagent des priorités similaires. Parmi les exemples, citons le commerce réciproque, l’exploitation responsable des ressources naturelles, le développement des compétences de la main-d’œuvre, l’adaptation au changement climatique et l’accès à une éducation de qualité.

La stratégie indo-pacifique (IPS) du Canada en est un bon exemple, malgré les difficultés diplomatiques persistantes avec les géants de la région de l’ANASE que sont l’Inde et la Chine. La SPI, annoncée en 2022 et dont le premier anniversaire a été célébré récemment, est une tentative permanente, par le biais d’investissements et de missions diplomatiques, d’établir des relations commerciales avec les pays de la région indo-pacifique. Ce qui rend l’EPI si attrayant pour le gouvernement fédéral, ce sont les 40 partenaires commerciaux de la région, ses économies en croissance avec plus de 47 000 milliards de dollars d’activité économique combinée, ainsi que la capacité du Canada à répondre à la demande croissante d’énergie et de ressources, entre autres opportunités.

Pour s’appuyer sur des objectifs plus larges de diversification des échanges, le gouvernement fédéral peut adopter une approche similaire à celle de l’EPI à l’égard de régions économiques connaissant une croissance similaire, telles que les Caraïbes et l’Afrique. Le lancement de consultations pour une proposition de stratégie de coopération économique entre le Canada et l’Afrique à l’été 2023 est prometteur. Des opportunités concrètes de renforcement des relations commerciales peuvent être explorées par le biais d’une collaboration axée sur le commerce avec des institutions multinationales de développement économique telles que la CARICOM (Communauté des Caraïbes), la CAE (Communauté de l’Afrique de l’Est) et la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest).

Lors de la conférence ministérielle 2024 de l’Organisation mondiale du commerce cette année, les États membres se sont concentrés sur la mise en œuvre des réformes de l’institution et un thème important a été l’appétit pour l’inclusion des économies émergentes dans les marchés commerciaux mondiaux et le commerce pour le développement. Il s’agit d’un indicateur clé de l’existence de partenaires internationaux sur la scène mondiale, qui partagent l’objectif du Canada de libérer tout le potentiel de leur profil commercial. En outre, le rapport 2024 sur les risques mondiaux indique que les pays disposant d’avantages concurrentiels dans les chaînes de valeur en amont, telles que les minerais essentiels, les exploiteront probablement à mesure que l’accès aux technologies de pointe deviendra la principale source de puissance douce et que les économies émergentes gagneront en influence par des moyens militaires, technologiques et économiques.

Investir dans une infrastructure de chaîne d’approvisionnement plus solide

La concrétisation de certaines de ces opportunités dépendra de la capacité du Canada à attirer des investissements, tout en maintenant et en créant des partenariats. Cela dépend en grande partie de la fiabilité de notre chaîne d’approvisionnement nationale et de notre infrastructure logistique. Dans un monde post-Covid-19 où l’inflation mondiale est en hausse, l’infrastructure de notre chaîne d’approvisionnement nationale doit faire l’objet d’une approche commerciale de l’ensemble du gouvernement, en consultation avec le secteur privé, afin de bénéficier à l’ensemble des chaînes de valeur, du producteur au client en passant par l’expéditeur.

Le rapport 2024 Compass du Western Transportation Advisory Council(WESTAC) arrive à des conclusions similaires. Il souligne également l’insatisfaction croissante à l’égard de l’environnement réglementaire et des investissements commerciaux du Canada, les effets négatifs des perturbations environnementales et des conflits du travail sur les entreprises, ce qui démontre la nécessité d’une résilience et d’une efficacité accrues.

Des investissements dans des centres logistiques de transport plus intelligents afin de minimiser les effets des perturbations environnementales le long des itinéraires d’expédition et d’accroître la transparence constituent des opportunités clés pour une chaîne d’approvisionnement robuste qui soutient le commerce. En outre, une étude d’investigation incluant des entreprises, des groupes de travailleurs et se concentrant sur les stratégies employées par d’autres États dotés d’infrastructures de chaîne d’approvisionnement réputées pourrait fournir les informations nécessaires à la mise en place d’un mécanisme national de résolution des conflits du travail plus efficace. Le gouvernement fédéral devrait également poursuivre ses efforts pour réduire les obstacles réglementaires au développement des entreprises et encourager les partenariats avec le secteur privé qui favorisent l’efficacité et l’innovation.

L’issue de ces opportunités et de ces solutions reste à voir, mais qu’il s’agisse du Monopoly ou du commerce international, la voie de la réussite consiste à jouer stratégiquement le long jeu tout en restant résilient face aux mouvements imprévisibles de tous les joueurs.