Hannah's Hot Takes - Pression étrangère, enjeux nationaux
Donald Trump ne figure peut-être pas sur le bulletin de vote, mais il est bel et bien dans la course.
Le 2 avril, baptisé « Jour de la libération » dans l’Amérique de Trump, a été accompagné de droits de douane considérables sur les importations étrangères. Au Canada, ce fut un rappel brutal que la volatilité mondiale n’attend pas les calendriers électoraux. Les chefs de parti n’étaient pas seulement en campagne, ils étaient confrontés à un test de résistance en temps réel sous la pression internationale.
Bien qu’aucun nouveau droit de douane n’ait été imposé au Canada, ce moment continue de mettre en évidence deux stratégies différentes de la part des principaux protagonistes. M. Carney tire parti de son accès à la Maison Blanche en se positionnant comme le bouclier économique du Canada. M. Poilievre adopte une approche différente : il se concentre résolument sur les problèmes intérieurs, en essayant de ne pas laisser la question de Trump détourner l’attention de la crise du coût de la vie dans son pays.
Carney : Le procès des tarifs douaniers
Pour la première fois dans l’histoire récente, un Premier ministre en exercice a quitté à deux reprises le chemin de la campagne électorale pour revenir gouverner au milieu des élections. Avec quelqu’un d’aussi imprévisible que Donald Trump, le risque est grand, la récompense aussi. Mais jusqu’à présent, Mark Carney en tire profit.
Son premier appel avec Trump la semaine dernière s’est déroulé sans drame. Il a même été « cordial » et « positif ». Pas de crises de colère sur Twitter. Trump a même abandonné le titre de « gouverneur ». Au lieu de cela, les deux hommes ont préparé le terrain pour les discussions post-électorales, et M. Carney a clairement exprimé sa position : « Je rejetterai toutes les tentatives visant à affaiblir le Canada, à nous épuiser, à nous briser pour que l’Amérique puisse nous posséder. »
Lorsque les droits de douane imposés par M. Trump sur les véhicules automobiles sont entrés en vigueur la semaine dernière, M. Carney a mis sa campagne en pause et s’est envolé pour Ottawa, où il a rallié les premiers ministres et les membres de son cabinet. Le jour de la libération, il a de nouveau quitté la campagne pour présider une réunion du comité ministériel et répondre une nouvelle fois à M. Trump. Son message ? Il n’est pas candidat au poste de Premier ministre – il agit déjà comme tel.
Les électeurs semblent réagir – un nouveau sondage de MQO Research commandé par Global Affaires publiques montre que 44 % des Canadiens font le plus confiance à Carney pour gérer les tarifs douaniers – contre 30 % pour Poilievre. Il n’est donc pas surprenant que la campagne de M. Carney continue de se concentrer sur M. Trump.
Poilievre : miser sur l’essentiel
Pierre Poilievre s’en tient à ce qui l’a amené à cette course : la frustration, le parler vrai et une attention constante à la douleur que les Canadiens ressentent dans leurs portefeuilles.
Pendant que M. Carney téléphonait à Washington, M. Poilievre dénonçait les années Trudeau et s’en prenait aux prix des logements, aux impôts et à l’accessibilité financière. Sa campagne croit que les électeurs sont en colère et qu’il est le porte-voix de cette colère.
Quelques sondages donnent encore l’avantage à M. Poilievre sur la question de l’accessibilité financière, mais même cet écart se resserre. Certains conservateurs se sont plaints qu’il manquait le moment. Trump aspirait tout l’oxygène et Poilievre n’allumait pas d’allumette. M. Poilievre n’est pas d’accord. « Mon objectif en politique est de restaurer la promesse du Canada », a-t-il déclaré. « Nous continuerons donc, malgré les appels au contraire, à parler de ces choses, même si je suis le seul dirigeant du pays à proposer un changement. »
Pourtant, quelque chose a changé le 2 avril. Trump a commencé à s’immiscer de plus en plus dans le discours de Poilievre. Il intègre la menace de la Maison Blanche dans son message économique, se présentant comme celui qui restera debout sans perdre de vue son objectif.
Il a également modifié l’avant de son podium en supprimant les slogans et en ajoutant une feuille d’érable canadienne, et son ton est plus calme. Il s’agit d’un effort stratégique visant à donner une image plus proche de celle d’un premier ministre.
Singh : Se battre pour l’espace
Le chef du NPD, Jagmeet Singh, fait tout ce qu’il peut pour rester dans le débat. À Winnipeg, il s’est tenu aux côtés de l’Union internationale des travailleurs d’Amérique du Nord et a tenu une conférence de presse sur les tarifs douaniers avant de rejoindre les travailleurs sur le piquet de grève. Ses sondages sont en difficulté et la conversation est devenue celle définie par Carney et Poilievre.
« Qui voulez-vous voir à Ottawa se battre pour s’assurer que les gens ne sont pas à la table des négociations… que les choses qui font de nous ce que nous sommes ne sont pas sur cette table ? M. Singh a répondu : « Vous devez élire un néo-démocrate pour faire cela ».
Une élection. Un programme. Et ce n’est pas le nôtre.
Le Canada a peut-être évité le dernier coup commercial de Trump, mais les retombées politiques sont loin d’être terminées. Le premier appel entre M. Carney et M. Trump n’a pas seulement changé le ton, il a marqué un tournant. Le retour rapide de M. Carney à Ottawa n’était pas seulement une décision politique, c’était aussi un coup de force. Il se présente comme l’adulte dans la pièce quand les choses deviennent réelles.
Pendant ce temps, M. Poilievre s’en tenait à son plan et montait sur scène à Kingston, dans l’Ontario, une ville chargée d’histoire politique. Il s’est servi de Trump comme d’un outil pour marteler ses thèmes clés : le dysfonctionnement domestique et l’angoisse de l’accessibilité financière.
Deux leaders. Deux stratégies. Une élection. Et un président américain qui, de l’autre côté de la frontière, continue d’influencer le débat politique au Canada.