Engagement des jeunes
Cet examen approfondi du vote des jeunes au Canada a été rédigé conjointement par plusieurs électeurs de moins de 30 ans travaillant pour Global Public Affairs.
De toutes les dynamiques de l’élection de 2025 qui la distinguent des élections précédentes – l’influence de la politique américaine, le changement de dernière minute à la tête du Parti libéral, les changements exceptionnels dans les sondages d’opinion publique – l’une qui est largement passée inaperçue a été le mouvement de la base électorale des deux partis en lice pour former le prochain gouvernement fédéral.
Au cours des derniers mois, nous avons constaté que les électeurs de moins de 30 ans soutiennent de plus en plus le Parti conservateur du Canada, comme le montre le sondage de MQO Research commandé par Global Public Affairs.
La différence de deux pour cent entre les libéraux et les conservateurs représente une égalité statistique compte tenu de la marge d’erreur. Alors que les libéraux bénéficient d’un plus grand soutien de la part des Canadiens plus âgés, les conservateurs ont construit une base solide de soutien parmi les jeunes. Il s’agit presque d’un renversement complet par rapport aux années précédentes.
Pourquoi en est-il ainsi ?
Il est important de se rappeler quelques points communs entre les 18-30 ans.
Tout d’abord, ces électeurs sont nés entre 1995 et 2007. La grande majorité d’entre eux n’ont commencé à s’engager politiquement qu’après les élections fédérales de 2015. Pour les plus âgés de cette cohorte d’électeurs, 2015 aurait été leur première élection fédérale en tant qu’électeurs, et d’après les sondages de l’époque, beaucoup ont voté pour Justin Trudeau et le Parti libéral. Peut-être tout aussi important, compte tenu des enjeux de la campagne électorale fédérale canadienne actuelle, est le fait que leur premier souvenir d’une élection présidentielle américaine aurait été l’élection de 2016 de la première administration du président Donald Trump. Depuis ces deux élections, nous avons assisté à une polarisation drastique de l’électorat mondial, notamment par le biais des médias sociaux.
Les médias sociaux sont la source d’information principale et souvent exclusive de cette cohorte. Cela dit, comme le monde numérique devient de plus en plus polarisé et que les algorithmes conduisent à des chambres d’écho idéologiques complexes, leur capacité à s’engager dans des pensées et des options alternatives est limitée.
L’expérience de ce groupe avec le COVID-19 est une autre caractéristique qui définit la génération. Âgée de 13 à 24 ans lorsque la pandémie a frappé pour la première fois, cette cohorte de votants a été particulièrement touchée par la maladie. Ils ont perdu la qualité de leur éducation, ainsi que des étapes clés de leur vie sociale et de leur vie tout court, comme la remise des diplômes, les bals de fin d’année et le départ de leur maison d’enfance. Pour de nombreux membres de cette cohorte de jeunes votants, ces opportunités semblent avoir été volées.
La pandémie de COVID-19 a été suivie d’une récession économique mondiale. Alors qu’un grand nombre de ces personnes arrivaient sur le marché du travail, leur pouvoir d’achat a été considérablement réduit. Pour certains, cela s’est traduit par des difficultés à entrer sur le marché du travail, les entreprises cherchant à réduire leurs activités et leurs effectifs.
Ces facteurs combinés n’ont pas reflété les promesses de prospérité de la classe moyenne et d’autonomisation des jeunes qui ont initialement attiré ce groupe vers les libéraux en 2015. Il en résulte une frustration importante et une méfiance institutionnelle de plus en plus grande parmi les jeunes électeurs.
L’effet Poilievre
C’est là que Pierre Poilievre entre en scène.
M. Poilievre a lancé sa campagne 2025 sur le thème des « promesses non tenues », un message direct qui trouve un écho auprès des jeunes qui se sentent ignorés, laissés pour compte et aliénés par le statu quo. En utilisant cette approche, M. Poilievre a confirmé le sentiment croissant que les institutions canadiennes sont brisées et qu’un changement est nécessaire pour offrir aux jeunes l’avenir qu’ils souhaitent et qu’ils estiment mériter.
Le chef conservateur a également mis l’accent sur l’accessibilité financière, l’une des principales préoccupations des jeunes électeurs qui entrent sur le marché du travail et dans un « monde adulte » incapable de payer le loyer, l’épicerie et l’essence, entre autres choses essentielles. En dépit d’une certaine réorientation pour gérer les relations entre le Canada et les États-Unis, la campagne des conservateurs continue de mettre l’accent sur ces questions, ce qui ne manque pas de susciter l’intérêt.
Qu’en est-il de Carney et de Singh ?
Alors que le jeu de Poilievre pour être le candidat du « changement » résonne sur les questions et le ton, la campagne du NPD de Jagmeet Singh semble en grande partie hors de propos. Son message d’espoir, qui n’est pas sans rappeler les campagnes libérales et néo-démocrates du passé, semble déconnecté du sentiment actuel de l’électorat, comme en témoigne la baisse du soutien dont bénéficie le parti.
Toutefois, M. Carney joue à sa manière avec cet électorat méfiant et frustré. Bien qu’elle ne soit pas aussi pointue que la campagne de M. Poilievre, la personnalité bureaucratique et bien habillée de M. Carney constitue un changement suffisant pour un groupe qui n’a connu que Justin Trudeau en tant que leader libéral.
Alors qu’une partie de l’électorat des jeunes recherche un parti auquel ils peuvent s’identifier émotionnellement et avec lequel ils peuvent s’engager, d’autres se sentent épuisés par la frustration. Le cycle de l’information 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 leur donne envie de se désengager. Pour ce groupe, Mark Carney possède l’expérience et la personnalité qui leur permettront de se déconnecter. À leurs yeux, ils peuvent lui faire confiance pour s’occuper du pays pendant qu’ils se retirent.
À mesure que les conservateurs gagnent du terrain et que le NPD perd du soutien, un électeur stratégique « tout sauf conservateur » considérera les libéraux de M. Carney comme la seule alternative possible.
Est-ce important ?
Historiquement, les jeunes n’ont pas voté et, à notre avis, cette tendance ne devrait pas changer de manière significative lors de cette élection.
À ce jour, aucun parti n’a ciblé les jeunes électeurs par le biais d’une publicité directe ou d’un programme pour les jeunes. Ce manque de ciblage direct, associé à la brièveté de la période électorale, a eu pour effet de limiter la sensibilisation des jeunes électeurs à l’élection.
En tant que cohorte, nous nous trouvons dans une boucle de rétroaction négative. Les jeunes ne prêtent pas attention au domaine politique parce que le système ne tient pas compte de leurs intérêts, puis ils se sentent encore plus exclus du système, ce qui les pousse à se désengager encore plus du système politique.
Comment les choses peuvent-elles changer ?
Au cours des dernières années, nous avons constaté à maintes reprises que les tentatives de viralité dans les médias sociaux, de chasse aux tendances et de pandering n’ont pas d’écho.
Mais l’évolution du soutien de l ‘opinion publique en faveur des conservateurs prouve que le fait de s’attaquer à des questions fondamentales a une résonance, en l’occurrence les sondages suggèrent des politiques liées à l’accessibilité financière, à la gestion économique et aux soins de santé. Qu’il en résulte ou non une augmentation de la participation électorale, le fait de se concentrer sur les questions qui comptent pour les gens influence les convictions politiques, et la résonance avec les sentiments et les émotions fait la différence.
Si les sondages se maintiennent et que le taux de participation des jeunes est plus élevé que prévu, les résultats pourraient être plus intéressants que prévu.