Skip to main content

Carney, le capital et le climat au G7

Home | Insights | Carney, le capital et le climat au G7

Date: 

juin 9, 2025

Autrefois pièce maîtresse en pleine évolution de la coordination économique mondiale, le financement de la lutte contre le changement climatique se bat aujourd’hui pour obtenir du temps d’antenne. Deux ans seulement après la publication par l’International Sustainability Standards Board (ISSB) de ses premières normes volontaires de divulgation en matière de développement durable, un brouillard de tensions géopolitiques, d’anxiété liée à l’inflation et de changements politiques a dissipé l’élan dans plusieurs pays.

C’est dans ce contexte que les économies les plus influentes du monde se réuniront en Alberta pour le sommet du G7 de 2025. Cette réunion intervient à un moment crucial, où le financement de la lutte contre le changement climatique se trouve dans une position précaire, entre lassitude des politiques et nécessité urgente. Les attentes sont élevées, notamment parce que le Premier ministre Mark Carney a bâti sa réputation mondiale sur le fait que la finance est le moteur de la réforme économique, en particulier à l’ère du changement climatique.

Mais c’était à l’époque.

Aujourd’hui, M. Carney est à la tête d’un gouvernement qui en est encore à définir ses priorités environnementales par rapport à son ambitieux programme économique. Le sommet du G7 pourrait être son premier véritable test : non pas celui de la perspicacité technique, mais celui de la volonté politique et du pragmatisme.

Le ton mondial a d’abord été réinitialisé aux États-Unis après la défaite du Parti démocrate ; la Securities and Exchange Commission a rapidement mis en pause sa règle de divulgation sur le climat attendue depuis longtemps, s’alignant ainsi sur le programme de déréglementation de l’administration Trump. En avril 2025, la Financial Conduct Authority du Royaume-Uni a fait de même, mettant en pause les orientations liées à la durabilité et les obligations nettes zéro pour les entreprises réglementées. L’Union européenne a également annoncé le report d’aspects clés de sa directive sur les rapports de durabilité des entreprises. De leur côté, les autorités canadiennes de régulation des marchés financiers ont fait une pause dans l’application d’une nouvelle règle obligatoire de divulgation d’informations sur le climat, invoquant la volatilité des conditions de marché et les préoccupations accrues en matière de compétitivité.

Le sommet du G7 constitue un test décisif pour déterminer si le Canada peut catalyser un changement de cap.

Lorsqu’il était gouverneur de la Banque d’Angleterre, M. Carney a joué un rôle clé dans l’introduction des risques climatiques dans le domaine de la surveillance financière en développant des tests de résistance climatique et en soutenant le groupe de travail sur les informations financières liées au climat. En tant qu’envoyé spécial des Nations unies pour l’action climatique et la finance, il a contribué à créer des cadres pour l’établissement de rapports, les risques et les rendements qui intègrent les considérations climatiques dans la prise de décision financière générale. Ce travail a permis de jeter les bases de la création de l’ISSB.

Bien que M. Carney ait largement mis de côté la politique climatique en faveur de la croissance industrielle et de la compétitivité lors des dernières élections fédérales canadiennes, son programme de campagne comprenait deux engagements en matière de financement climatique : finaliser une taxonomie volontaire de l’investissement durable et mettre en œuvre des exigences étendues en matière de divulgation des risques climatiques.

La taxonomie durable, engagée pour la première fois sous le gouvernement Trudeau, vise à définir un langage commun pour les investissements verts et transitoires. Il s’agit d’un outil que près de 40 pays sont en train de concevoir dans leur propre juridiction pour débloquer les capitaux privés mondiaux. Le Canada s’est engagé à accélérer le développement dans deux ou trois secteurs prioritaires. Jusqu’à présent, le processus a été lent, largement cloisonné au sein du gouvernement et n’a pas fait l’objet d’une consultation significative avec les industries.

En l’absence de progrès visibles, le Canada risque de prendre du retard en ce qui concerne la confiance des investisseurs et l’attraction des capitaux, ce qui aura des répercussions sur la compétitivité à l’échelle mondiale. M. Carney a bâti sa campagne sur une transformation économique « à l’échelle de la révolution industrielle, à la vitesse de la transformation numérique ». Si la révolution du système financier est censée être un élément fondamental de cette transformation, il faut faire davantage.

Pour ne rien arranger, les dispositions canadiennes sur l’écoblanchiment, récemment finalisées, ont rendu les entreprises de plus en plus réticentes à rendre publics leurs progrès environnementaux par crainte d’un contrôle réglementaire. À l’heure où les engagements internationaux en matière de climat s’éloignent de l’agenda mondial, la capacité des entreprises canadiennes à communiquer en toute confiance leurs objectifs de durabilité est souvent une mesure critique de l’efficacité des politiques gouvernementales en matière de climat et de décarbonisation. Cette hésitation risque de saper les politiques mêmes conçues pour accélérer nos ambitions économiques.

Alors que la croissance économique, l’action climatique et les technologies émergentes sont à l’ordre du jour du G7, la majorité des économies membres arriveront à la table des négociations avec des dossiers de financement climatique au point mort ou à la dérive. L’incertitude géopolitique demeure, mais elle laisse aussi un vide de leadership, un vide prêt à récompenser toute juridiction assez audacieuse pour s’y engouffrer, mais il ne restera pas ouvert longtemps.

Le Canada a une chance, peut-être la seule dans ce cycle, de reprendre son élan et de mener ce qui pourrait être la révolution industrielle moderne déterminante de notre époque, non seulement en tant que participant, mais aussi en tant que bâtisseur de la prochaine ère de qualité d’investissement.