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Les délibérations de Darrell – La peur et l’angoisse sur le chemin de la campagne : 2025

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Date: 

avril 2, 2025

Par : L’honorable Darrell Dexter

(avec les excuses de Hunter S. Thompson)

Il y a dix semaines, nous nous dirigions vers des élections fédérales dont l’issue probable était une large majorité conservatrice. L’image de marque des libéraux semblait irrémédiablement endommagée, et le reste des votes progressistes serait repris par le NPD, le Bloc et les Verts.

Avancez rapidement de dix semaines. Comment en sommes-nous arrivés là ? En deux mots : peur et dégoût.

La peur ou sa sœur, l’anxiété, est souvent le signe avant-coureur d’un grand changement dans l’électorat. Au Canada, l’anxiété suscitée par une crise aux multiples facettes était palpable. Il s’agissait du coût de la vie, du manque de choix de logements viables et disponibles, de l’épidémie d’opioïdes et de la crise des ressources en matière de soins de santé, entre autres.

Il y a une différence entre la peur et l’anxiété. L’anxiété est un sentiment général et non ciblé de malaise créé par des réactions émotionnelles à la situation intérieure, à ces questions internes au pays que les gens estiment négligées ou mal gérées, comme celles que j’ai décrites ci-dessus. Lors des élections, les partis profitent de cette anxiété. Le message de l’opposition porte presque toujours sur le changement. C’était le message des conservateurs et il l’est toujours : « le changement est en route ».

La peur est une réaction à un danger spécifique observable. Dans cette élection, ce danger externe et observable est Donald Trump et le groupe d’individus dont il s’est entouré, que de nombreux Canadiens considèrent comme détestables et offensants au vu des menaces et des insultes qu’ils continuent de proférer à l’encontre de notre pays. Ce dénigrement constant du Canada, la rhétorique expansionniste de M. Trump et les menaces économiques qui en découlent semblent réels et largement partagés.

Lorsqu’une peur est largement partagée, elle crée un sentiment de danger accru et, par conséquent, une réaction collective. Nous avons tous vu cela auparavant – c’est l’effet « rassemblement autour du drapeau ». En effet, en tant que Canadiens, nous avons déjà vu des émotions partagées élever la fierté nationale. En 2019, lorsque les Toronto Raptors ont remporté les finales de la NBA, l’intensité de l’émotion était palpable. Si vous êtes assez âgé, vous vous souviendrez de la vague d’émotions déclenchée par la Série des Sommets de 1972. Il s’agissait alors d’événements heureux – aujourd’hui, vous avez l’impression d’être face à une menace existentielle profonde.

Les Canadiens prennent les choses en main en organisant des rassemblements « coude en l’air », en annulant des voyages aux États-Unis et en analysant attentivement les produits d’épicerie dans les rayons du supermarché pour s’assurer que l’on achète canadien. Cette réaction vise à préserver et à protéger ce à quoi nous tenons : notre indépendance, notre intégrité et une société organisée différemment de celle de nos voisins du Sud.

Les Canadiens reconnaissent le concept de « commonwealth » d’une manière qui semble absente du discours politique aux États-Unis. C’est grâce à notre patrimoine que nous avons mis en place l’assurance maladie, l’assurance emploi, la sécurité vieillesse, l’indemnisation des accidents du travail et bien d’autres choses encore.

Malheureusement pour nos amis américains, la peur aux États-Unis est une monnaie, et Donald Trump sait comment l’utiliser pour diviser et intimider. Il est déjà intervenu dans les élections fédérales canadiennes de manière réelle et substantielle au profit du Parti libéral du Canada et du Premier ministre Carney.

En période de peur, les gens recherchent la stabilité et non le changement. Ils cherchent à être réconfortés et rassurés plutôt que de s’entendre dire que « tout est cassé ». Ils recherchent un dirigeant capable de les défendre au mieux contre le danger observable qu’ils partagent. Il s’agit d’une réaction émotionnelle et, bien qu’elle ne doive pas nécessairement être vraie (aucun Premier ministre ne peut nous protéger d’un président américain imprévisible), elle doit donner l’impression d’être vraie.

Les partis d’opposition fédéraux doivent chercher un moyen de ramener la conversation électorale sur les défis internes auxquels le Canada est confronté, tout en reconnaissant le danger posé par l’actuelle administration Trump. C’est un arbitrage politique, l’espace entre la réponse émotionnelle à la peur et la réponse rationnelle aux pressions internes auxquelles nous sommes confrontés.

C’est essentiel pour les conservateurs qui tentent de rappeler aux Canadiens les trois derniers mandats du gouvernement libéral, mais c’est encore plus essentiel pour le NPD, le Bloc et les Verts s’ils veulent éloigner la conversation d’un simple choix binaire le 28 avril.

Une chose est sûre : Fear and Loathing a remodelé la politique de notre pays et l’élection à laquelle nous assistons.

Darrell Dexter est vice-président de Global Affaires publiques et a été premier ministre de la Nouvelle-Écosse de 2009 à 2013 ainsi que chef de l’opposition de la Nouvelle-Écosse de 2001 à 2009.