Une résolution pour la nouvelle année en matière de commerce canadien
Le Premier ministre Mark Carney s’est rendu sur la scène internationale à Davos, puis plus près de chez lui, sur les plaines d’Abraham à Québec, pour mettre en garde contre la fin de l’ancien ordre mondial. La nouvelle réalité, présentée presque comme une résolution du Nouvel An pour la politique commerciale, engage le Canada à « s’attaquer activement au monde tel qu’il est, sans attendre un monde que nous souhaiterions voir naître ».
Pour beaucoup, le plus grand avantage commercial du Canada a longtemps reposé sur la « familiarité » – des partenaires familiers, des approches familières, des relations familières fondées sur la valeur. La nouvelle stratégie commerciale mondiale du Canada s’intéresse au monde tel qu’il existe aujourd’hui : désordonné, compétitif, mais riche en opportunités. Ce pivot a été mis en évidence par les récentes visites du Premier ministre en Chine et au Qatar, signalant une approche qui gère les risques sans permettre à l’incertitude de paralyser l’engagement ou d’enfermer le Canada dans une relation singulière.
En regardant au-delà de ce qui lui est familier, Ottawa fait comprendre aux entreprises que ce sont les opportunités, et non l’orthodoxie, qui détermineront de plus en plus les domaines dans lesquels le Canada est prêt à s’engager. Les entreprises qui peuvent justifier de leur productivité sur des marchés non traditionnels trouvent un gouvernement plus disposé à les écouter, même si ces marchés se situent en dehors des zones de confort traditionnelles du Canada.
C’est en Chine que cette approche a été la plus claire. Une nouvelle feuille de route économique bilatérale a permis de renforcer la coopération dans les domaines de l’énergie conventionnelle et propre, du bois, de l’agriculture et des véhicules électriques, tout en stabilisant partiellement les différends commerciaux.
Toutefois, l’intérêt pour un réengagement commercial avec la Chine n’a pas brouillé les lignes d’Ottawa. Le Premier ministre Carney a explicitement déclaré qu’il n’y avait « aucune intention » de conclure un accord de libre-échange et que la coopération serait soumise à des garde-fous stricts, en particulier dans les domaines de l’intelligence artificielle, des minéraux essentiels, de la défense et de la sécurité nationale.
Nous ne sommes pas les seuls à entreprendre ce voyage. Les dirigeants du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne et même des États-Unis devraient tous se rendre à Pékin avant l’été. Il s’agit d’une course à l’établissement de relations et d’alliés dans la cour d’école mondiale, et le Canada ne peut se permettre d’être le dernier à arriver.
Ainsi, toute stratégie indo-pacifique crédible doit aborder la question de la Chine, mais son inclusion ne doit pas être taboue ni ancrée. Cet étalonnage donne un aperçu de la manière dont le Canada abordera cette année d’autres partenaires complexes, comme l’Inde, par le biais d’un engagement sectoriel sélectif qui ne sacrifie pas la souveraineté.
L’approche renouvelée du Canada s’étend au Golfe, avec les engagements pris par le Qatar la semaine dernière, qui promet d’investir dans des projets de « construction de la nation » dans l’infrastructure de l’IA, les systèmes énergétiques et les couloirs de transport. Des partenariats similaires ont également été conclus avec les Émirats arabes unis à la fin de l’année dernière, dans le cadre d’une stratégie de diversification qui inclut des capitaux à long terme. S’ils sont bien déployés, ces investissements peuvent résister à des calendriers de développement prolongés et à des cycles politiques, en ancrant un flux plus fiable de certitude pour la construction de la nation nationale.
Cela montre également aux investisseurs internationaux que le Canada est flexible, même avec des partenaires qui peuvent ne pas être idéologiquement alignés sur le papier. D’autres missions commerciales dans la région étant prévues cette année, le Golfe sera une autre région à suivre de près.
Et pourtant, malgré tout ce qui précède, la plus grande question commerciale se pose plus près de nous : La CUSMA survivra-t-elle ?
Alors que la volatilité et l’incertitude demeurent, le Premier ministre Carney déclare que le Canada est « prêt à s’asseoir » avec les États-Unis et le Mexique prochainement. Dans le même temps, le cabinet du Premier ministre avait déjà laissé entendre en décembre que les discussions commerciales officielles commenceraient en janvier, un calendrier qui a depuis glissé. Plus récemment, le président Trump a évoqué la perspective de droits de douane importants en réponse à l’évolution des relations entre le Canada et la Chine, même si les évolutions observées jusqu’à présent restent conformes aux règles existantes de la CUSMA. Ainsi, si et lorsque les parties au traité se réuniront pour l’examen de l’accord, le Canada devra faire la part des choses pour donner la priorité au maintien du pacte, sans compromettre ses industries stratégiques.
Ottawa étudie également la possibilité de conclure des accords individuels distincts avec les États-Unis et le Mexique pour parer à toute éventualité avant la date butoir du 1er juillet. Cette mesure de sauvegarde pourrait permettre au Mexique d’être considéré au-delà des limites d’un cadre trilatéral, ce qui pourrait en faire un partenaire plus important pour l’industrie canadienne.
Cela dit, les États-Unis resteront le principal partenaire économique du Canada, avec un commerce bilatéral annuel de 1,3 billion de dollars. Cependant, la stratégie de diversification renouvelée du Premier ministre positionne le Canada pour un nouveau cycle de négociations, moins exposé aux chocs du marché unique, plus confiant dans les capitaux alternatifs et mieux assuré dans ses voies d’exportation.
La dépendance n’est plus traitée comme un destin.
L’engagement mondial du Canada passe du statut de prolongement de l’identité nationale à celui d’outil plus délibéré de renforcement de l’économie nationale. Ottawa n’a pas encore publié officiellement sa stratégie de diversification commerciale, mais l’orientation qui se dessine semble claire. En l’espace de six mois seulement, le Canada a signé 12 accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents. Pour les organisations désireuses de tester de nouveaux marchés et de développer de nouvelles relations internationales, le moment est venu de s’engager. De nombreuses résolutions du Nouvel An peuvent s’avérer caduques en février, mais la promesse faite en janvier par le Premier ministre Carney semble conçue pour durer.