Les chaînes d'approvisionnement du Canada : Défis et solutions
Par : David Friedland
Si les réseaux de la chaîne d’approvisionnement du Canada occupent rarement votre esprit, ne vous inquiétez pas – vous êtes en compagnie de nombreux Canadiens. Pourtant, les questions relatives à la chaîne d’approvisionnement qui ont une incidence sur l’économie canadienne sont cruciales et méritent qu’on s’y intéresse.
Les chaînes d’approvisionnement, définies comme les processus et les entités impliqués dans la production et la distribution de biens, comprennent des acteurs des secteurs public et privé – gouvernement, ports, terminaux, chemins de fer, aéroports et syndicats, entre autres. Une chaîne d’approvisionnement robuste et résistante dépend de l’efficacité du transport des marchandises par avion, bateau, train et camion – autant d’éléments importants dans un pays aussi vaste que le Canada. Il n’est pas surprenant qu’avec autant d’acteurs impliqués, il y ait des possibilités de retards et d’autres défis logistiques, exacerbés par la fluctuation de la demande, les changements géopolitiques et le climat.
Perspectives du transport et de la logistique
La frustration familière des retards de livraison lors de la pandémie de COVID-19 a mis en évidence la tension qui pèse sur la chaîne d’approvisionnement du Canada. Ce problème persiste, affectant de nombreux ménages et entreprises dans tout le pays et la capacité à transporter tout ce qui est nécessaire, des appareils électroménagers aux meubles en passant par les matériaux de construction.
Des visites ministérielles et départementales, des tables rondes, des études et des consultations ont eu lieu récemment, auxquelles ont participé des représentants des entreprises, des syndicats et du commerce, afin de souligner avec force la nécessité pour les gouvernements fédéral et provinciaux de se pencher sur la question. Ces conversations et les efforts de sensibilisation déployés par les principaux acteurs gouvernementaux visent à renforcer et à redéfinir les systèmes afin de relever les défis actuels, ce qui devrait rester une priorité importante l’année prochaine.
Les événements climatiques extrêmes mettent également de plus en plus à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement, ce qui nécessite un examen complet pour identifier les domaines d’amélioration, l’efficacité et les possibilités de lancer des initiatives de réduction des émissions de carbone qui auront des avantages tangibles et se traduiront par de véritables améliorations du système.
Tous les grands partis politiques à Ottawa s’attaquent à ces questions et prennent position à leur sujet.
Sous la direction de l’actuel ministre des Transports, Pablo Rodriguez, ainsi que de ses derniers prédécesseurs, notamment Omar Alghabra, le gouvernement fédéral a pris des mesures pour traiter ces questions en créant le groupe de travail sur les chaînes d’approvisionnement. Des tables rondes et des assemblées générales ont été organisées dans tout le pays avec les publics clés mentionnés ci-dessus, et des ressources ont été consacrées aux aspects fondamentaux du commerce, de la main-d’œuvre, de la production et de l’approvisionnement des nombreuses chaînes d’approvisionnement du Canada et à leur intégrité. Rodriguez, originaire de Montréal, est le lieutenant des libéraux pour le Québec et, à ce titre, son appréciation des dynamiques régionales lui permet de naviguer dans la nature souvent très politique du portefeuille des transports.
Parmi les initiatives importantes mises en œuvre par le ministre Rodriguez, citons le lancement d’un Bureau national de la chaîne d’approvisionnement axé sur le commerce, la logistique, l’environnement et le travail, ainsi que la publication à terme d’une stratégie nationale de la chaîne d’approvisionnement. Nous nous attendons à ce que cette stratégie comprenne la poursuite du développement de la législation anti-scab, l’engagement de réduire à zéro les émissions de l’industrie dans les ports ou à proximité, grâce à des technologies et des infrastructures vertes (comme l’alimentation à quai), ainsi que la mise en œuvre, attendue depuis longtemps, de l’utilisation durable des carburants.
Le Parti conservateur (PCC), dirigé par Pierre Poilievre, articule généralement le discours sur la chaîne d’approvisionnement autour de la protection des emplois canadiens. Le député albertain Matt Jeneroux, désigné par le PCC pour diriger l’élaboration de sa stratégie en matière de chaîne d’approvisionnement, connaît bien les questions liées au transport des marchandises et des personnes.
La stratégie conservatrice, telle qu’elle est connue, prévoit une révision complète du cadre politique et réglementaire actuel régissant les questions relatives à la chaîne d’approvisionnement, en éliminant les obstacles réglementaires et en encourageant l’innovation dans le secteur privé. Étant donné la position du PCC en tant qu’opposition officielle, il n’y a pas d’urgence pressante à ce qu’il élabore une approche complète sur ce sujet. Cela dit, les bruits qui courent jusqu’à présent font état de possibilités de tournées nationales, de tables rondes avec des représentants du monde des affaires et des syndicats, et d’une priorité accordée aux solutions pratiques visant à rationaliser et à moderniser les protocoles existants. Cette approche s’inscrit dans le cadre du plan visant à supprimer les gardiens du système.
En prenant note du plan ambitieux de l’Alberta et de l’Ontario visant à réduire les formalités administratives, cela pourrait se traduire au niveau fédéral si le PCC arrive au pouvoir, peut-être en réduisant le fardeau réglementaire d’un bureau de la chaîne d’approvisionnement et d’autres dépenses perçues comme frivoles.
Le NPD et le Bloc Québécois ont également exprimé leurs préoccupations concernant les questions liées à la chaîne d’approvisionnement, principalement en ce qui concerne la gestion de l’approvisionnement national et la réglementation du travail. Pour le Bloc, il s’agit exclusivement pour le Québec de respecter la tradition.
Alors que nous traversons une période d’incertitude politique, la collaboration est cruciale dans ce dossier politique complexe. Il est temps que les deux partis politiques et le gouvernement lui-même travaillent ensemble et rassemblent d’autres acteurs, notamment l’industrie, la société civile, les syndicats et d’autres intérêts, dans le cadre d’une approche « Team Canada » visant à relever rapidement les défis de la chaîne d’approvisionnement. Grâce à la rationalisation des politiques et des réglementations, il est impératif d’agir rapidement en ces temps difficiles et les Canadiens nous regardent.