Hannah's Hot Takes - La DEI déraille ?
Le Canada s’enorgueillit depuis longtemps d’être un phare de l’inclusion – un pays où la diversité est plus qu’un simple slogan. Mais en plein cycle électoral, lorsque chaque message est calibré et chaque candidat soigneusement choisi, il convient de se demander si la diversité, l’équité et l’inclusion (DEI) sont toujours une priorité politique. Un examen plus approfondi des personnes qui mènent les campagnes – et de celles qui figurent sur les bulletins de vote – peut nous éclairer.
À première vue, le paysage fédéral montre des signes de progrès. Deux des principaux chefs de parti – Jagmeet Singh du NPD et Jonathan Pedneault du Parti vert – sont des personnes de couleur, et M. Pedneault est également ouvertement homosexuel. Mais au-delà de ces figures visibles, la composition plus large des équipes de campagne et des listes de candidats révèle une histoire plus nuancée. Parmi les deux partis les plus susceptibles de former le gouvernement, les rôles décisionnels clés restent largement entre les mains d’hommes blancs. Alors que beaucoup continuent à parler publiquementde l’importance de l’IED, il convient d’examiner comment – et si – ces valeurs sont priorisées dans ce cycle électoral.
Lorsque l’on regarde de près qui dirige les campagnes et qui sont les candidats, des schémas commencent à se dessiner. Les équipes de campagne des libéraux et des conservateurs sont majoritairement blanches et masculines. Le NPD, en revanche, semble adopter une approche plus délibérée de la représentation et de l’inclusion.
Commencez par les libéraux. Bien qu’ils se présentent depuis longtemps comme les champions de l’équité et de la diversité, quatre des cinq principaux responsables de la campagne sont des hommes blancs (Andrew Bevan, Tom Pitfield, Braeden Caley et Gerry Butts).
En ce qui concerne les candidats, seulement 36 % des libéraux sur le bulletin de vote sont des femmes – une baisse d’environ 10 % par rapport à 2021. Il s’agit d’un changement frappant pour un parti qui a fait de la représentation un élément central de sa marque : de l’invention de l’expression « la diversité est notre force » à la formation du premier cabinet canadien équilibré en termes de genre en 2015, en passant par la nomination de la première femme ministre des finances du pays.
Lors de la campagne, le chef de file des libéraux, Mark Carney, a reconnu que les chiffres étaient moins élevés, mais il a réaffirmé son intention de nommer un cabinet mixte s’il était élu. Son dernier cabinet, avant l’abandon de l’injonction, comptait 11 femmes sur 23 ministres.
La situation des conservateurs est similaire : sur les cinq principaux responsables de la campagne de ce parti – dont Matt Wolf, Howard Anglin et Ben Woodfinden -, tous sont blancs et trois sont des hommes. Cela dit, il est important de noter que la principale conseillère de Pierre Poilievre est une femme – Jenni Byrne – et que toutes les personnes impliquées dans la campagne des conservateurs lui rendent compte en dernier ressort. La liste des candidats conservateurs ne comprend que 22 % de femmes, le chiffre le plus bas du parti depuis 2015 et une forte baisse par rapport aux 32 % qu’ils ont présentés en 2019. Lorsqu’on lui a demandé une répartition des candidats selon les lignes DEI, le parti a déclaré qu’il ne suivait pas ces informations.
Le NPD se démarque, avec une plus grande présence de la diversité derrière la campagne – et cela s’étend à la liste des candidats. Selon le parti, 74 % de ses candidats s’identifient comme des membres de communautés méritant l’équité. Il s’agit des personnes suivantes
– Femmes: 176 (51,3%)
– 2SLGBTQIA+: 71 (20,6%)
– Personnes handicapées: 43 (12,5%)
– Personnes racialisées: 112 (32,6%)
– Jeunes: 47 (13,7%)
– Indigènes: 20 (5,8%)
Il s’agit d’une approche détaillée qui contraste avec le recul observé dans les deux autres grands partis.
Au fil de la campagne électorale, la composition des équipes et des listes de candidats révèle plus qu’un simple aperçu des priorités d’un parti : elle offre une fenêtre sur l’avenir du leadership politique au Canada. Depuis 2006, le nombre de femmes élues à la Chambre des communes a progressivement augmenté, passant de 99 en 2019 (29,3 % au total) à 103 en 2021 (30,5 % au total). Mais les premiers signes de ce cycle suggèrent que les progrès sont peut-être en train de se stabiliser, en particulier parmi les deux partis les plus en vue.
La baisse d’environ 10 points du nombre de femmes candidates, tant chez les libéraux que chez les conservateurs, associée à une direction de campagne de plus en plus homogène, soulève de réelles questions. Pour les libéraux en particulier, un parti qui a fait de la représentation une pierre angulaire de son identité, ce changement suggère que l’IED pourrait être relégué au second plan en faveur de paris plus sûrs et de visages familiers ?
Pendant ce temps, le NPD montre à quoi peut ressembler une représentation intentionnelle, non seulement dans la rhétorique mais aussi dans la pratique. Avec des données complètes, des investissements délibérés et une liste de candidats qui reflète plus étroitement les communautés qu’il cherche à servir. Tout porte à croire que le parti traite l’IED non pas comme une réflexion après coup, mais comme une stratégie de base.
Au-delà du nombre de candidats, les premiers sondages suggèrent que le DEI pourrait également être un facteur d’alignement des électeurs. Selon les dernières données de MQO Research, le soutien à Pierre Poilievre est significativement plus élevé chez les hommes (37%) que chez les femmes (29%). En revanche, Mark Carney recueille davantage de suffrages auprès des femmes (51 %) que des hommes (45 %), ce qui laisse entrevoir une dynamique différente selon le sexe.
Dans un climat politique marqué par les guerres culturelles, la polarisation et l’indignation performative, les personnes que les partis choisissent d’élever – à la fois sur le bulletin de vote et derrière le rideau – envoient un signal fort. Si l’IED a encore de l’importance, il doit être visible. Cette élection pourrait révéler si le Canada continue d’aller de l’avant ou s’il recule tranquillement.